La psychothérapie : pourquoi ça marche ?

Thérapie

Homme souriant-1

D'après un sondage réalisé par Mediaprism (2015), 33% des français ont déjà consulté un psychologue afin de réaliser une thérapie brève ou de plus longue durée. Parmi eux, 65% considèrent que la thérapie leur a été utile, ce taux grimpant jusqu'à 70% chez les femmes. Par ailleurs, un français sur trois soutient que consulter un psychologue est une expérience que nous devrions tous essayer au moins une fois dans notre vie. Faire une psychothérapie est donc devenue une pratique courante, accessible et de moins en moins tabou. Néanmoins, elle continue d'alimenter de nombreux préjugés. Pourquoi cette ambivalence autour de la thérapie ? Comment fonctionne-t-elle finalement et surtout pourquoi s'avère-t-elle efficace  ? 

 

La thérapie, un fonctionnement "mystérieux" car méconnu 

 

Bien que la psychothérapie soit validée scientifiquement, que le nombre de patients ne cesse d'augmenter en France et que le titre de psychologue soit protégé par l'État, se lancer dans une thérapie continue de soulever de la suspicion, de la méfiance, des résistances, des interrogations voire de l'angoisse. Combien de fois les psychologues entendent-ils autour d'eux ces mêmes questions : "comment ça marche une thérapie ? ", "comment savoir si ça va m'aider ?", "comment le psy va-t-il s'y prendre avec moi exactement ?".  Ces interrogations teintées d'inquiétude sont normales : la thérapie questionne car son mode de fonctionnement demeure pour la plupart des gens (et pour les patients eux-mêmes !) trop méconnue. Elle touche à la complexité de l'esprit humain, à la singularité de chaque personne, à la spécificité de chaque rencontre et vient ainsi alimenter beaucoup de mystères et de fantasmes. 

 

Pourtant, le travail psycho-thérapeutique n'est pas magique ! Il s'appuie sur de nombreuses théories scientifiques solides, résultant de plusieurs siècles de recherche et base son efficacité sur un des comportements et des facteurs clairs, repérables et prévisibles

L'alliance thérapeutique : facteur d’efficacité n°1 

 

Les psychologues considèrent "l'alliance thérapeutique" comme le principal facteur d'efficacité de la thérapie. Qu'est-ce que cela veut dire ? 

 

L'alliance thérapeutique désigne le lien privilégié et très particulier qui va se tisser entre le patient et son psychologue. En effet, la thérapie est avant tout une rencontre entre deux personnes. La qualité de cette rencontre et de la relation qui se nouera au fur et à mesure des séances sera déterminante pour l'avancée du patient. Cette alliance dépend tout autant du patient que du psychologue : 

 

Du côté du patient : il est essentiel que ce dernier puisse faire confiance à son thérapeute, qu'il puisse le considérer comme quelqu'un susceptible de pouvoir l'aider, comme une figure de soutien qui ne soit ni jugeante, ni autoritaire. Par ailleurs, il est fondamental que le patient ait envie de faire ce travail pour lui-même, qu'il soit motivé et capable de s'investir dans ce travail de coopération. 

 

Du côté du professionnel : de son côté, le psychologue doit également être dans de bonnes dispositions pour pouvoir aider son patient. D'une part, il doit avoir les compétences théoriques et l'expérience nécessaire pour être en mesure d'intervenir efficacement. D'autre part, il doit ressentir suffisamment d'empathie pour son patient et pour sa demande afin d'avoir envie de l'aider. En effet, il arrive que certains patient soient plus difficiles à cerner, plus méfiants ou bien que leur problématique soit plus complexe. Le psychologue doit être capable de surmonter ces obstacles pour être le plus compétant possible. 

 

Ainsi, les résonances affectives que chacun des interlocuteurs portera sur l'autre ainsi que leur motivation respective à travailler ensemble dans un esprit de collaboration constituent la base même d'une alliance solide. Sans cette alliance, la thérapie ne peut pas fonctionner. Elle dépend donc du patient ET du psychologue, elle est le fruit de leur rencontre et se construit pas à pas, avec du temps et de la régularité. 

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Comment le psychologue va favoriser cette alliance ? 

1. L'empathie du psychologue 

 

Pour pouvoir favoriser l'alliance et être aidant, le psychologue met ses jugements de côté pour comprendre pleinement la situation de son patient. Il est attentif à ses émotions, il les reconnaît, il peut se mettre à sa place. Autrement dit, il ne considère pas la situation avec ses propres yeux mais il tente de la percevoir à travers les yeux de son patient.

 

Il est important de différencier l'empathie de la sympathie. Le psychologue est empathique c'est-à-dire qu'il reconnaît et comprend les émotions du patient sans s'impliquer lui-même émotionnellement. Bien évidemment, il peut-être touché par ce qu'exprime son patient, il reste un être humain mais il ne va pas pleurer avec lui ! Son but n'est pas de couler au fond de la mer avec son patient mais d'être au contraire son roc, sa bouée de sauvetage, son soutien. Les proches peuvent apporter cette sympathie, elle est essentielle dans les relations humaines mais elle n'est pas bénéfique à la thérapie. Il n'est pas rassurant de voir son psychologue souffrir à cause de ce qu'on lui confie : le patient a besoin de sa force, de sa neutralité, de son soutien inconditionnel pour lui faire confiance et s'allier à lui. 

2. L'authenticité du psychologue 

 

Le psychologue est authentique, c'est-à-dire qu'il n'est ni un robot vide d'émotions, ni quelqu'un qui va feindre de faux sentiments, qui va surjouer ce qu'il ressent ou faire semblant de ne rien ressentir. Le travail du psychologue est de savoir assumer ce qu'il ressent et d'être à l'aise avec ses sentiments, c'est-à-dire ne pas laisser ses émotions envahir la séance ni porter un masque de froideur et d'indifférence. En effet, comment donner envie au patient de se laisser aller, d'accepter et de partager ses émotions si le psychologue lui-même est peu confiant, tendu, non-authentique avec ce qu'il ressent ? 

3. Sa bienveillance et son professionnalisme

 

Bien évidemment, le psychologue doit être chaleureux : personne n'a envie de confier ses émotions et ses secrets à une porte de prison. Le psychologue ne peut vous inspirer confiance s'il n'est pas agréable, souriant, accueillant. Tout en gardant une place neutre qui garantit son non-jugement, il doit inspirer de la bienveillance pour qu'un lien puisse se créer entre vous et lui. Par ailleurs, son professionnalisme est essentiel : il assume le cadre définit avec vous (l'horaire des séances, les prix fixés, la durée des consultations...), il adhère à l'éthique et la déontologie inhérentes à sa profession, il respecte la mise en oeuvre de ses compétences et sait reconnaître ses limites... 

4. Une communication favorable entre patient et psychologue 

 

Autrement dit, le psychologue va faire en sorte que ses pensées, son comportement et  ses émotions soient en accord avec ce qu'il vous dit. S'il prend un air franchement choqué face à ce que vous lui confiez tout en vous assurant qu'il n'est absolument pas décontenancé, vous n'allez pas le croire et cela va vous agacer, vous rendre suspicieux. Un professionnel qui renvoie des messages communicationnels contradictoires (comportements et mots qui ne sont pas en accord) va entraver la thérapie . 

 

Par ailleurs, il est important qu'il s’adresse à vous dans un langage simple, clair et direct afin d'être sûr que vous compreniez le message qu'il veut vous faire passer. Bombarder le patient avec une tonne d'informations en employant des termes très compliqués n'est absolument pas favorable à une bonne communication. Pour vous aider, il faut que vous le compreniez ! 

5. L'affirmation de soi du psychologue

 

Pour solidifier l'alliance thérapeutique, le psychologue doit pouvoir affirmer sa posture envers son patient,  sans être ni dans la passivité, ni dans l'agressivité. Par exemple, s'il a l'impression que son patient a des suspicions concernant la thérapie, il le lui soulignera en toute simplicité. Autrement dit, il peut reconnaître le problème sans le minimiser ou sans s'en offusquer et dira par exemple :  "j'ai l'impression que vous avez des doutes par rapport à notre travail ensemble, cela semble vous freiner : pouvons-nous en discuter ensemble pour tenter de débloquer la situation ?". Un psychologue agressif confrontera violemment le patient à ses réticences en le lui reprochant, ce qui n'est absolument pas bénéfique pour lui. A l'inverse, un psychologue très passif fera semblant de ne rien remarquer d’anormal et fuira devant toute confrontation, ce qui n'arrangera pas non plus la situation. Il est donc essentiel que le psychologue trouve le juste milieu pour favoriser une bonne relation thérapeutique saine et aidante. 

Les obstacles à une thérapie efficace 

 

Du côté du patient : ce dernier peut mettre en place un certain nombre de résistances qui vont mettre en difficulté le travail : il ne veut pas réellement être en thérapie (ses proches l'ont forcé...), il a un caractère très inhibé et n'a jamais eu l’habitude d'exprimer ses sentiments, il a un style relationnel plutôt passif et ne va jamais exprimer clairement ses besoins, ses désirs... Par exemple, certaines personnes souhaitent tellement devenir de "bons patients" et être apprécié de leur psychologue qu'ils n'oseront jamais le contredire. D'autres au contraire seront tellement pessimistes et sceptiques face aux bienfaits de la thérapie qu'ils rentreront toujours en contradiction avec leur psychologue, ils ne se saisiront d'aucune piste de réflexion proposée, ils seront dans le refus de l'aide apportée de manière plus ou moins consciente. 

 

Du côté du professionnel : certains psychologues acceptent à tort de gérer des problématiques auxquelles ils ne sont pas suffisamment bien formés (ils méconnaissent leurs limites),  d'autres ne sauront pas assez s'affirmer face à leurs patients (difficulté à tenir le cadre, à assumer ce qu'ils proposent, à se confronter aux obstacles que la thérapie peut rencontrer....). De manière générale, les résistances du côté du thérapeute peuvent découler d'un manque d'empathie / d'authenticité / de bienveillance / de professionnalisme, etc.

 

Les résistances sont parfaitement normales, toute thérapie finit par en rencontrer : parfois elles se mobilisent dès le début de la rencontre, parfois elles interviennent plus tard lorsque le travail est dans une phase plus stagnante, parfois elles surviennent vers la fin de la cure (difficulté à se séparer, appréhension de ne pas s'en sortir tout seul...). Une thérapie qui marche n'est pas une thérapie dépourvue de résistances : une thérapie qui marche est une thérapie qui sait surmonter les obstacles pour rester fonctionnelle. C'est au psychologue de repérer et d'aborder délicatement ces résistances avec le patient afin de travailler dessus et de donner une chance de relancer le moteur thérapeutique. Dans certain cas, il arrive que les résistances soient trop fortes : le patient n'est peut-être pas encore prêt à s'investir et le psychologue n'a pas réussi à abaisser ses défenses. Une réorientation vers un autre professionnel est alors nécessaire. 

En conclusion 

 

Une thérapie efficace réunit différents ingrédients précis dont les quantités s'adapteront selon les personnes. Un peu comme une soupe, la psychothérapie suit une recette de base solide (fondée sur la théorie scientifique, sur une posture professionnelle,  sur des facteurs propres à l'alliance, sur du temps et de la régularité dans le suivi... ). Elle s'adapte un minimum aux goûts et aux préférences de chacun (chaque demande et chaque personne est différente, le psychologue va donc moduler certaines lignes de la recette pour qu'elle réponde au mieux aux besoins de son patient). Certes, la psychologie n'est pas une science exacte : les rencontres et les dynamiques humaines sont uniques et singulières de telle sorte que tout ne peut pas être précisément mesurable. Néanmoins, c'est aussi cette petite part d'inconnue qui contribue à faire de la thérapie une expérience humaine si particulière et hors-norme, elle est le grain de sel qui donne toute la saveur à ce travail. La psychothérapie repose sur des bases d'efficacité solides, fiables et repérables mais chaque patient y apportera une touche personnelle spéciale. Par ailleurs, chaque thérapeute est unique, à vous de trouver celui qui vous correspondra le mieux. 

 

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Sarah LAGESSE
La psychothérapie : pourquoi ça marche ?

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