Qu'est-ce que le suicide ?

Thérapie

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On appelle suicide tout cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte, positif ou négatif, accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat.” E.DURKHEIM (1897)

Suicide signifie se tuer soi-même. Le suicide est donc le geste intentionnel, délibéré de provoquer sa propre mort. On note la redondance dans l’expression se suicider, qui intensifie encore la dimension paradoxale du geste de s’ôter la vie. La même remarque s’effectue devant l’expression du suicide réussi ou consommé.

Le suicide en quelques chiffres  

La difficulté d’identifier l’acte après-coup rend l’estimation de sa prévalence approximative. Voici tout de même des statistiques quant au suicide relevés par l’INSEE en 2005.

  • Un million de personnes par an se suicident dans le monde, c’est à peu près une personne toutes les quarante secondes.
  • On compte plus de suicides chez les hommes que chez les femmes, bien que les tentatives de suicide soient plus souvent effectuées par celles-ci.
  • C’est la troisième cause de mortalité en France après les maladies coronariennes et le cancer. Chez les 35-49 ans, le suicide est la première cause de mortalité. Elle est la deuxième chez les 15-24 ans.
  • On remarque des augmentations de sa prévalence pendant les périodes de crises économiques.
  • Le mariage est un facteur protecteur chez les hommes et de risque chez les femmes. L’inverse s’observe à propos du divorce.
  • Il concerne davantage de personnes inactives que de salariés. Cependant, cette observation varie avec le temps : ce serait donc les représentations attachées à l’inactivité professionnelle aujourd’hui qui serait à la source de cette prééminence.
  • Les passages à l'acte suicidaires interviennent davantage le soir et durant la saison printanière. 

Comment en arrive-t-on au suicide?

L’idée suicidaire apparaît devant une incapacité à surmonter un conflit et l’impératif de ne plus y penser. Le suicide est alors envisagé comme la seule solution pour échapper à la souffrance que l’impossibilité de résoudre le conflit induit. Le sujet est réellement traversé par la douleur et le désespoir qui sont vécus comme des événements insurmontables.

Les différents facteurs de risque

Le facteur aggravant

Une hypothèse quant à l’origine du passage à l’acte serait un dysfonctionnement du système de neurotransmission sérotoninergique causant une labilité émotionnelle. Ce dysfonctionnement peut-être provoqué par différents facteurs aggravants : 

Certaines pathologies mentales favorisent davantage ce passage à l'acte : 

L’épisode dépressif au cours d'une dépression, le risque est multiplié par quinze, notamment pendant un accès mélancolique du trouble bipolaire.

- La schizophrénie (dissociation de la personnalité) : dans ce trouble, le risque suicidaire se caractérise par la présence d’idées mortifères, de comportements auto-agressifs, de conduites addictives qui sont tous des aspects facilitant le passage à l’acte suicidaire. On observe ainsi une moyenne de trois ou quatre tentatives de suicide chez les patients schizophrènes. En effet, le caractère impulsif de la personnalité schizophrénique favorise l'acte à la pensée. On parle de suicidose pour qualifier la répétition des conduites suicidaires.

 

Certains contextes de vie constituent également des sources de risques : 

- la détention carcérale : l'incarcération est une épreuve relativement violente conduisant à beaucoup d'isolement social. La prévalence de traits psychopathiques (impulsivité et conduites addictives) se constate.

- un environnement de travail inadapté : le travail cause aujourd’hui des problématiques d’identité et de souffrance propre à la contrainte de productivité. Cette dernière peut être si intense et prolonger qu'elle vient déborder les défenses du sujet. 

- une maladie grave diagnostiquée : telle que le VIH, le cancer, les troubles neurologiques. 

- la période de l’adolescence : c'est une étape charnière du développement où la problématique de l’identité peut soulever celle de la maîtrise de sa vie.

 

Le facteur déclencheur

Les facteurs déclencheurs sont variés et prennent des formes différentes selon les personnes. Parmi elles, on retrouve: 

  • un facteur de stress choquant (par exemple : subir la perte soudaine d'un porche, être victime d'une agression ou d'un autre événement traumatisant)
  • une accumulation de facteurs de stress (par exemple: de lourds soucis au travail auxquels viennent s'ajouter un problème de santé, des difficultés scolaires qui s'accumulent avec une rupture amoureuse... ).
  • un facteur de stress chronique (par exemple: des conflits relationnels qui perdurent avec ses enfants ou avec son conjoint, un stress au travail qui perdure voire qui s'aggrave...). 
  • des facteurs de stress en série (par exemple: un divorce qui entraîne une baisse du niveau de vie, la perte du logement, plus d'isolement social, moins de contacts avec ses enfants...). 

L'ensemble de ces facteurs vient ainsi vulnérabiliser, fatiguer, déséquilibrer l'état psychique. Si ces facteurs perdurent dans le temps, que les problèmes qu'ils soulèvent ne trouvent pas de solution, que la personne ne demande pas ou ne reçoit pas d'aide, il est possible que le stress s'accumule sans être évacué jusqu'à générer une tension insoutenable. La personne ne peut plus s'adapter, ses mécanismes habituellement mis en place pour gérer le stress ne sont plus assez efficaces pour surmonter la situation. Un débordement psychique peut alors survenir, l'état de crise est alors imminent et le passage à l'acte pourra intervenir suite à un facteur précipitant. 

Le facteur précipitant

Le facteur précipitant peut lui aussi prendre une multitude de formes et ne sera pas le même d'une personne à l'autre. De l'extérieur, ce facteur est un événement pouvant sembler banal et anodin mais il sera vécu par le sujet comme un véritable raz-de-marrée. Son état de vulnérabilité psychique est tel qu'il ne pourra plus supporter la moindre source de stress ou de négativité. Symboliquement, ce facteur précipitant représente la goutte d'eau qui fait déborder de base. La conduite suicidaire semble alors la seule alternative pour se soustraire à ce déferlement de tension et obtenir de l'apaisement. D'autres actes auto-agressifs (comme la mutilation) ou hétéro-agressifs (violences sur les autres...) peuvent également apparaître comme des solutions immédiates pour évacuer la tension et affronter la crise en question. Bien sûr, ces comportements ont de nombreuses conséquences négatives et ne peuvent soulager durablement la personne.  

Point de vue psychanalytique 

Le suicide peut être compris comme une tentative d’élaboration d’une souffrance morale qui ne trouve aucune autre issue, mais il ne peut être conçu en dehors du domaine du pathologique. En effet, S.FREUD (1915) disait que “le Moi ne peut se tuer que lorsqu’il peut [...] se traiter lui-même comme un objet, lorsqu’il lui est loisible de diriger contre soi l’hostilité qui concerne cet objet”.

 

Comment la crise évolue-t-elle en passage à l'acte? 

La tentative de suicide se fait rarement instantanément. Généralement, la personne a suivi un processus progressif qui a fini par la mener à l'acte suicidaire. Ce processus se schématise en 5 étapes

Etape 1 : Chercher une solution pour apaiser la crise

Avant de se tourner vers l'acte suicidaire, la personne va d'abord tenter d'apporter une solution à sa souffrance. Elle va notamment lister les différentes possibilités qui s'offrent à elle pour affronter la crise actuellement traversée. Néanmoins, nous n'avons pas tous les mêmes ressources et les mêmes capacités pour mettre en place des stratégies efficaces face à la souffrance. Certains sauront la résoudre plus ou moins rapidement tandis que d'autres ne parviendront pas à se saisir d'une solution satisfaisante. Leur marge d'actions concrète est plus réduite de base ou bien ils commencent par s’essouffler à force de tenter des stratégies inefficaces. Durant cette recherche de solution, le suicide n'est pas encore envisagé. 

Etape 2 : Le flash suicidaire et l'apparition d'idées suicidaires

A force que les stratégies mises en place ne fonctionnent pas et que l'éventail de solutions disponibles se réduisent, le passage suicidaire peut commencer à apparaître comme un acte envisageable. Il apparaît progressivement comme une solution radicale pour supprimer instantanément la souffrance générée par la crise. L'idée se forme pas à pas dans l'esprit du sujet, elle revient de plus en plus fréquemment et de plus en plus intensément. Un début de scénario suicidaire peut même commencer à s'élaborer de manière diffuse pour finir par se préciser. 

Etape 3 : La rumination de l'idée suicidaire

La crise perdure, les solutions s'épuisent et la souffrance augmente. Elle finit par  devenir de moins en moins gérable. L'inconfort s'intensifie, tout comme le besoin croissant d'y réchapper. Cette troisième étape est marquée par une angoissante grandissante, générée par la sensation d'être coincé dans une crise dont on ne voit pas la fin. L'espoir d'en sortir s'amenuise au fur et à mesure que les stratégies mises en place échouent. L'idée suicidaire revient sans cesse comme l'unique et dernière solution envisageable. Loin d'être considérées comme apaisantes, les pensées suicidaires ruminées renforcent encore davantage l'angoisse et la souffrance du sujet. 

Etape 4 : La cristallisation et l'élaboration d'un scénario suicidaire

Le désespoir du sujet est à son comble et le suicide est clairement envisagé comme la dernière solution restante. Le scénario à suivre pour mettre fin à ses jours a été pensé et ficelé par le sujet. Il peut avoir prévu la date, l'heure, avoir rédigé une lettre d'adieux... Il a peut-être même déjà prévu certains détails matériels pour passer à l'acte. 

Etape 5 : L'élément déclencheur et le passage à l'acte

Prévenir du suicide 

Les signes précurseurs

Selon A.T.BECK, un indicateur majeur à prendre en compte pour prévenir du risque de passage à l’acte est la profondeur du désespoir, ce dernier étant entendu comme une expérience émotionnelle et cognitive affectant toutes les perceptions d’un aspect négatif.

Un certain nombre de signes précurseurs indiquent une détresse alarmante chez le sujet. Alliés à différents facteurs de risques, ces signes peuvent être particulièrement préoccupants et méritent toute l'attention de l'entourage. En effet, plus la détresse est importante, plus le passage à l'acte sera favorisé. 

Le site www.prevention-suicide.lu repère 5 différents types de signes précurseurs

  1. psychologiques (anxiété, agressivité, rage, tristesse intense, sentiment de désespoir, pessimisme, perte de la libido, humeur instable, culpabilité, incapacité à faire des projets etc). 
  2. biologiques
  3. messages émis directement par la personne concernée
  4. messages émis indirectement par la personne concernée
  5. actions et comportements pouvant prédire un événement suicidaire futur 

Comment être vigilant

Si vous repérez certains de signes précurseurs chez un proche, il est essentiel d'en parler avec lui. L'intervention d'un professionnel de la santé mentale peut également être très importante. 

Le site www.prevention-suicide.lu liste un certain nombre de signes auxquels nous devons être attentifs pour prévenir au suicide : 

  • Des ruminations centrées sur la mort.
  • L’élaboration d’un scénario suicidaire (le niveau de réflexion pratique permettra d’identifier l’urgence de la menace).
  • Des signes de vulnérabilité psychique, tels que des troubles de l’image de soi, un sentiment de désespoir, de la culpabilité et des auto-reproches.
  • Des signes d’impulsivité (de l’agressivité, la consommation de toxiques ou l’instabilité comportementale).
  • La présence de pathologies psychiatriques, surtout la dépression.
  • Les antécédents de tentatives de suicides.

Il est impératif de reconnaître la souffrance chez la personne à risque et de lui offrir un contenant pour qu’elle puisse l’élaborer

Parler avec un psychologue 

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