Apprenez à gérer votre ennui en période de confinement

L’ennui, nous y avons déjà tous été confrontés. Il s’instaure quand tout a déjà été fait (se nourrir, dormir, jouer, faire du sport…) et avant que tout ne soit possible de nouveau (manger de nouveau, se relancer dans une activité…). L’ennui surgit à ce moment précis, dans cette sorte d’interstice où toute activité à cessé et aucune nouvelle activité n’a encore démarré.

Pour certains, il entraîne un désœuvrement total, il est anxiogène, il affronte l’être humain à une vacuité angoissante, à une impuissance frustrante, à une solitude ou à de la culpabilité « il est mal de ne rien faire», «j”aurais dû faire telle tâche ou accepter telle activité pour ne pas m’ennuyer ».

Dans une société où nous sommes constamment stimulés dans nos activités (production, rentabilité, heures supplémentaires…), dans nos relations (multiplicateur les rencontres, les idées de sortie…) et dans nos communications (téléphone, réseaux sociaux, sites de rencontres…) , L’ennui peut être extrêmement déroutant car bien souvent nous les fuyons volontairement ou bien nous n’avons tout simplement jamais les temps de nous y confronter de par la totalité des sollicitations autour de nous.

La situation de confinement dans laquelle nous nous retrouvons plongés depuis quelques jours, nous renvoie ainsi abruptement à cet ennui. Est-il possible que ces multiples moments d’ennui pouvant nous apporter quelque chose? N’y at-il vraiment que du vide à rejeter dans l’ennui? Que faire si l’ennui devient trop envahissant?

L’ennui n’est pas un symptôme

Tout d’abord il est important de distinguer l’ennui de l’apathie et de l’asthénie qui constitue les symptômes, notamment dépressifs. L’apathie décrit cette impossibilité à ressentir des émotions, comme si ces dernières étaient totalement aplaties. La passivité prend alors le dessus, sera le sujet dans un abattement total, l’empêchant de le prédisposer à l’action. L’asthénie quant à elle correspond à une importante fatigue et un affaiblissement significatif de l’activité (activités psychiques et cognitives ralenties, libido diminuée, énergie physique amoindrie…)

L’ennui n’a rien d’un symptôme, il n’appartient à aucune pathologie et n’est en rien synonyme de passivité. En effet, comme le précis Giuseppe Craparo, professeur de psychologie clinique « dans l’ennui on retrouve une tension qui conduit à agir, pour le meilleur ou pour le pire ».

L’ennui, un moment de liberté unique

Bien que notre société actuelle vise toujours à l’endiguer et que nous sommes bien souvent tous à la recherche de l’éviter, l’ennui a pourtant des caractéristiques positives indéniables.

En effet, si nous nous penchons plus en détail sur ce qu’est l’ennui, c’est durant cet entre-deux «ennuyeux» que nous est donné la possibilité de penser et de jouir de cette absence de choix défini, de réfléchir à ce que nous voulons faire. Tout peut encore arriver, rien n’a encore été choisi, notre liberté est donc totale à ce moment-là. C’est le seul moment où chacun peut réellement avoir conscience de soi-même, de ce qu’il a vraiment envie de faire, de ce qu’il aurait pu faire autrement. Comme le précise la philosophe Géraldine Mosna-Savoye: « c’est le seul moment où s’impose à moi ma liberté restée intacte ».

L’ennui peut s’avérer particulièrement utile dans l’apprentissage. Combien de fois nous sommes nous ennuyés à l’école, durant un cours interminable dont nous ne percevions aucunement l’utilité? C’est une erreur d’imaginer que parce que nous nous ennuyons, nous n’en tirons rien d’intéressant. Pour apprendre à apprendre, nous devons aussi parfois renoncer à l’excitation psychique et intellectuelle constante : ce moment d’ennui peut-être un moment d’assimilation, même si nous ne sommes pas toujours capables de tirer l’attention d’un apprentissage sur le moment. Dans les circonstances pédagogiques, l’ennui est donc apprivoisé mais ne cherche pas à être totalement éradiqué, car la surexcitation psychique constante n’appelle pas forcément à l’assimilation.

L’ennui, un interstice essentiel au développement psychique

La psychanalyse, notamment à travers les travaux de Winnicott sur le bébé et sa relation avec son environnement, nous apprend que l’être humain dès sa plus petite enfance a, ce qu’il nomme, «une capacité à être seul» grâce à « son environnement interne ». Autrement dit, ce n’est pas parce qu’il n’est pas constamment stimulé par les interactions extérieures qu’il n’existe plus, au contraire, son développement psychique va également beaucoup dépendre de ces moments de calme, d’interruption de toute activité générée par autrui. Si ses parents avaient suffisamment étayé, l’enfant va pouvoir intérioriser en leur présence comme de précieuses ressources rassurantes et il pourrait ainsi bénéficier de ces interstices d’ennui pour développer ses propres capacités à s’auto-calmer, pour rêver et apprendre très progressivement à s’autonomiser.

Ainsi, pour la psychologue Régine Demarthes : « Savourer sa solitude est, pour l’enfant, ce qui lui permet d’accéder à une réelle autonomie affective, fondée sur la possibilité de se retrouver seul sans déprimer ». Pour conclure, depuis notre plus jeune âge, notre développement psychique est conditionné par ces moments de calme, de solitude, de frustration, d’ennui pour nous permettre de développer nos ressources internes, notre autonomie, notre créativité, notre espèce de rêverie.

Notre monde interne est essentiel à introspecter et questionner lorsque l’on parle d’ennui. Car l’ennui, ce n’est pas uniquement l’impossibilité d’être intéressé par des stimuli extérieurs (sorties, propositions d’activité, dialogue avec l’autre…) mais c’est aussi ne pas réussir à se focaliser sur des informations internes (comme des pensées, des émotions, des sensations). L’ennui a donc une fonctionnalité essentielle dans notre expérience de vie. S’il ne peut bien évidemment pas entièrement la diriger, il n’est néanmoins ni à redouter ni à fuir de manière évitante.

S’ennuyer pour se reconnecter à l’essentiel

Enfin, d’un point de vue plus prosaïque, l’ennui nous donne cette merveilleuse (et rare) possibilité de prendre le temps pour nous adonner à d’innombrables activités laissées trop souvent en suspens : prendre soin de soi, prendre soin des autres, prendre soin de notre logement, accorder du temps à nos proches qu’ils soient à distance (les appeler, leur écrire, prendre de leur nouvelles, leur envoyer des photos, leur communiquer des informations, des blagues…) ou qu’ils vivent avec nous en période de confinement : prendre le temps de partager davantage d’activités ensemble comme des jeux de société ou des jeux vidéo, du jardinage, de la cuisine, le partage des tâches ménagères, des activités créatives (inventer de nouveaux jeux, des musiques, peindre, dessiner…).

Que faire si l’ennui devient trop envahissant ?

Bien que l’étude « Borred in the USA » d’A. Markey (2016) démontre que les activités sociales et la liberté d’y participer divisent par deux le sentiment d’ennui, il n’est pas toujours possible de s’entourer notamment durant cette période de confinement. C’est bien au niveau individuel que l’ennui reste alors un enjeu à travailler. G. Craparo souligne ainsi qu’en matière d’ennui « il n’y a pas de manuels, chacun doit trouver sa voie » s’il souhaite apprendre à mieux le gérer. L’ennui va permettre à chacun de se poser pour procéder à un peu d’introspection, c’est-à-dire prendre le temps d’évaluer notre état interne, quelles tensions sont en train de s’y nouer, pourquoi ne trouvons-nous rien à faire ou, plus précisément, pourquoi n’avons-nous rien envie de faire à ce moment précis et pourquoi cela fait-il apparaître de la frustration ? En effet, réfléchir sur son état d’ennui peut-être enrichissant car nous n’interprétons pas nécessairement de manière adaptée ce qu’est réellement un moment ennuyeux.

Parfois, nous sommes bel et bien occupés mais le simple fait d’imaginer que nous pourrions nous prêter à une activité plus divertissante nous donne l’impression de nous ennuyer. Ces distorsions cognitives entraînant des pensées négatives peuvent être assouplies à force d’analyse et de travail sur soi : en comprenant mieux ce que nous ressentons et pourquoi nous sommes entrain de le ressentir, les distorsions ont tendance à se repositionner correctement, nous permettant de percevoir le monde de manière plus adaptée, autrement dit moins frustrante ou moins douloureuse.

Travailler sur soi-même, apprendre à mieux gérer son ennui ainsi que les émotions qu’il peut induire (anxiété, tristesse…) n’est pas toujours évident à faire seul. Si le confinement fait remonter en vous des angoisses plus sous-jacentes contre les manifestations il devient de plus en plus difficile de lutter, l’aide d’un psychologue pourra alors se montrer utile. Cet accompagnement devient notamment pertinent si l’ennui se transforme chez vous en source de panique, d’angoisses prolongées et répétées, d’insomnies, d’asthénie ou encore d’apathie. Pendant la période de confinement, Happineo a mis en place un groupe de soutien gratuit pour vous accompagnez. N’hésitez pas à consulter et à participer aux réponses !

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