COVID-19 et Expatriation : Traverser ensemble cette période

Les consignes sanitaires, on les connait : se laver les mains très régulièrement, tousser ou éternuer dans son coude ou dans un mouchoir, saluer sans se serrer la main, éviter les embrassades, utiliser des mouchoirs à usage unique et les jeter, éviter les rassemblements, limiter les déplacements et les contacts.

Mais comment faire pour tout le reste ? Comment gérer cette situation en tant qu’expatrié ? Comment gérer l’éloignement avec sa famille ? Comment savoir s’il faut rentrer en France, ou rester ?

Toutes ces questions peuvent être source d’énormément d’angoisse, qui s’accumule sur une situation déjà très anxiogène pour beaucoup.

Est-ce que je pars, ou est-ce que je reste ?

Le gouvernement dit : « si je suis à l’étranger, je suis autorisé à rentrer en France », mais est-ce vraiment si simple ?

Dans beaucoup de cas, la personne ayant amené l’expatriation n’est pas en mesure de quitter son poste. Alors que faire ? Rentrer avec les enfants en laissant son conjoint ou compagnon seul ? Rester tous ensemble, mais loin des familles et avec des structures sanitaires parfois moins adéquates ?

Rester veut dire que le noyau familial reste ensemble, mais veut aussi dire être éloigné du reste de sa famille parfois plus vulnérable (parents et grands-parents plus âgés par exemple). Dans certains cas, il y a également la question des structures sanitaires, qui en expatriation ne sont pas toujours optimales. Alors se pose la question : je veux rester auprès de mon conjoint avec mes enfants, et traverser cette épreuve ensemble. Mais les consignes sanitaires ne sont pas aussi strictes partout, les hôpitaux ne sont pas les mêmes partout, et toute ma famille est en France en confinement.

On peut alors se dire, pourquoi ne pas tous rentrer en France ? Malheureusement cela est très compliqué. Souvent, les entreprises ne permettent pas aux personnes de partir de leur poste, ou alors le fait de partir engendre un réel coût financier, qu’il s’agisse du billet d’avion retour ou des revenus qui se retrouvent sérieusement réduits.

Rentrer en France signifie donc très souvent laisser son mari ou conjoint seul dans le pays étranger. Cela peut être source de beaucoup de culpabilité, de tristesse.

Et le retour en France, pour aller où ? En effet, être expatrié veut souvent dire qu’il n’y a plus de logement en France. Allez chez sa famille est possible, s’ils ne sont pas plus à risque d’attraper le virus, et s’ils ont la place d’accueillir une famille pour une quarantaine. Ce n’est donc pas toujours évident.

Rajoutons à cela que dans l’expatriation, on investit le pays, la vie, les gens… C’est parfois très dur de partir, on peut avoir l’impression d’abandonner son chez soi, ses affaires, sa vie, et ça peut être extrêmement difficile.

A cela s’ajoute une autre difficulté et un facteur de stress supplémentaire : décider dans un temps très court, avec la peur que les pays ferment leurs frontières du jour au lendemain ; et qu’on n’en puisse plus repartir.

On connait les consignes sanitaires et de sécurité, on sait que la France est en confinement. Mais comment savoir la meilleure chose à faire, pour soi et sa famille ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision. Chaque personne, chaque famille, chaque situation d’expatriation a son propre fonctionnement, ses envies, ses contraintes. Quelle situation est la meilleure ? Il n’y a que vous qui pouvez en juger.

Cela peut générer énormément d’angoisse, car en effet ça dépend de chacun, et c’est totalement subjectif. On peut alors se sentir seul, se sentir coupable de vouloir partir et laisser son conjoint, ou coupable de vouloir rester mais être plus à risque en cas de contraction du virus. On peut se dire qu’on abandonne le pays qui nous accueille en partant, comme on peut se dire qu’on abandonne notre famille restée en France si on ne rentre pas. Il n’y a pas de bonne réponse, il n’y a pas de bonne décision. Il y a ce qui, selon vous, pour vous, est le mieux, le plus adapté, et ce qui vous correspond à vous.

Alors comment gérer ce stress ? Et comment établir un climat optimal pour pouvoir savoir quoi faire ?

Dans un premier temps, la communication est clé. Parlez-en avec votre conjoint, en mettant tout à plat. Établissez une liste des priorités, et des options qui s’offrent à vous.

Par exemple, s’il y a un enfant ou un parent fragile, si ça allège le mari de rester seul et de savoir sa famille en France en famille, ce qui attend la famille en France si retour il y a (par exemple y-a-t-il de quoi être logé) …

Parlez également de vos craintes, de vos ressentis. Vous seul savez ce qui est le mieux pour votre famille, et vous devez pouvoir compter l’un sur l’autre. Parlez de ce qui vous angoisse, l’important est d’être écouté par l’autre, rassuré, dans un climat de bienveillance.

Dans un second temps, quelle que soit la décision, il faut qu’elle soit mutuelle.

Il n’y a pas de bonne ou mauvaise solution. Communiquez, soyez à l’écoute, et trouvez ensemble ce qui vous convient le mieux. Choisissez ensemble, échangez ensemble.

Témoignages d’expatriés concernant le fait de rester en expatriation, ou rentrer en France :

Amandine : « Je suis restée à Bruxelles pour être “chez moi”, mon appartement avec mes affaires, et avec mon compagnon, qui à mon sens était la personne pour qui je ferais le plus la différence et qui ferait le plus la différence pour moi. Ma famille en France et ailleurs va bien, personne n’est seul ou isolé, donc ça a joué aussi. »

Charles : « J’ai décidé de rester à Londres parce que ça me paraît être beaucoup moins immobilisé, beaucoup des commerces sont encore ouverts donc c’est plus agréable à vivre. J’ai aussi mon appartement ici avec ma copine donc c’est logique de rester. »

Olivier : « La vie de famille est forcément touchée. Beaucoup ont tout de même fait le choix de renvoyer leurs épouse et enfant(s) à l’abris de la situation. Quand vont-ils revenir ? Là est la véritable question : nous sommes dans un grand flou et il est difficile de prendre une décision. »

Mathilde : « Pour l’instant on reste, mais la grosse question concerne la possible fermeture des frontières de l’Europe et aux possibilités ou non de rentrer plus tard… On n’a pas trop de cas pour l’instant, mais vu comment les choses évoluent, qui sait… On est encore en train d’essayer de peser les pour et les contres, on verra comment les choses évoluent. »

Julie : « Je suis en Afrique du Nord, avec un système de santé très fragile. Nous nous sommes beaucoup questionnés avec mon mari, est ce qu’on reste ou est-ce qu’on rentre en France ? Mais mon mari n’aurait pas pu rentrer avec nous, et on était tous les deux d’accord qu’on ne voulait pas se séparer, alors je reste avec les enfants et on essaye de rester soudés, ensemble. »

Élise : « Je suis expatriée avec mon conjoint, mais mes enfants font leurs études en France. J’ai beaucoup hésité à rentrer pour être plus proche d’eux, mais comme ça voulait dire laisser mon conjoint et ne pas savoir quand je pourrais revenir auprès de lui, j’ai décidé de rester. »

Être loin de sa famille, comment gérer ?

Une des grandes difficultés avec l’expatriation, c’est le fait d’être loin de sa famille, de ses proches, de ses amis. Chacun essaye comme il peut de garder le contact, qu’il s’agisse d’un groupe WhatsApp familial, d’appels vidéo, de partage d’albums photos…

Aujourd’hui, cette distance se fait encore plus difficile. On s’inquiète pour nos proches plus fragiles ou plus âgés, on se sent parfois en décalage car chaque pays a des consignes différentes, et certains ne partagent pas les mêmes qu’en France. Alors comment faire pour tenter de palier cela ?

Des petites choses peuvent être mises en place, pour tenter de renforcer le lien avec chacun et de rendre cette distance plus supportable.

Continuer d’alimenter les réseaux habituels sur lesquels vous communiquez, à vous envoyer des nouvelles, des blagues, des petites astuces…

Favorisez l’envoi de photos, vous pouvez même vous créer votre propre petit challenge en famille ! La selfie au réveil pour tout le monde, les bons petits plats, la plus belle grimace… tout est bon à prendre ! L’idée est de renforcer le lien visuel et quotidien, avec quelque chose de joyeux et rassurant.

Installez une routine avec chacun. Dimanche midi on fait un brunch sur Skype avec toute la famille, mercredi à 17h c’est un petit apéro happy hour avec les copains restés en France, et le dimanche c’est jeux de sociétés en ligne avec les cousins !

Rien ne change dans vos moyens de communiquer habituels, gardez vos habitudes avec vos familles, l’important est de maintenir un lien qui vous rassure et vous fait vous sentir proche d’eux, malgré la distance.

Essayez également de ne pas trop parler de l’actualité. Les médias bombardent d’informations quotidiennement, constamment. Cela nourrit massivement les angoisses concernant une situation déjà très stressante. Alors essayez de réduire les messages dès qu’un nouveau cas apparaît, et parlons plutôt de quelle série regarder, de quel bouquin conseiller, de quelle bêtise a encore fait le chat… On essaye de renforcer le positif, et garder un lien avec sa famille comme on a l’habitude de faire en tant qu’expatrié. Cela permet en plus de garder une certaine routine, et donc de trouver un peu de réconfort dans cette familiarité.

Témoignages d’expatriés concernant le maintien du lien avec les familles :

Amandine : « Les réseaux sociaux, les appels, les échanges de photos, tout ça quasi quotidiennement. Si on reste dans le quotidien de sa famille c’est plus simple de se sentir “ensemble” »

Richard : « Depuis toutes ces histoires, on a organisé des Facetime tous les mardis soirs avec mes parents et ceux de ma femme. On leur parle environ une demi-heure à chaque fois, c’est pas grand-chose, mais on aime bien avoir ce lien. On en profite pour ne pas parler de tout ce qui est lié au coronavirus pendant cette demie heure, parce que le reste du temps quand on parle par message ou téléphone, c’est plus difficile d’éviter le sujet. »

Charles : « Comme d’habitude, la crise n’a pas changé mes moyens de communication donc rien de spécial - juste WhatsApp / Instagram / Facebook, etc. »

Justine : « Je suis très angoissée par cette situation. Je suis expatriée seule depuis 1 an maintenant, pour le travail, et toute ma famille est en France. Je voulais rentrer, mais professionnellement ce n’est pas possible. J’appelle ma mère tous les jours maintenant, ça m’aide à me sentir moins loin d’elle et m’assurer qu’elle va bien. Mais j’avoue que même avec ça l’angoisse reste. J’ai hâte que cette situation se tasse, qu’on puisse reprendre un train de vie moins stressant… »

Élise : « Je parle à mes enfants tous les jours, qui sont eux en France pour leurs études. On a un groupe WhatsApp, il n’y a pas de fil particulier, tout le monde y met un peu ce qui lui passe par la tête donc des photos, des petits messages… J’essaye de les appeler un peu plus c’est vrai, alors avant c’était compliqué parce qu’ils avaient leurs vies de jeunes, et bizarrement avec le confinement maintenant on se fait même des appels groupés ! Comme quoi il y a du positif partout si on le cherche. »

Quelques liens pour vous aider…

Dans un premier temps, voici site du Ministère de l’Europe & des Affaires Étrangères concernant toutes les informations du gouvernement pour les français à l’étranger, avec les actualités concernant l’épidémie du COVID-19 : https://www.diplomatie.gouv.fr

La communauté d’expatriés est colossale aujourd’hui. Il existe des centaines de groupes Facebook et d’Accueils qui tentent quotidiennement d’aider la transition et l’adaptation des expatriés. C’est le cas aujourd’hui plus que jamais.

Voici quelques-uns d’entre eux :

Les Accueils de la FIAFE accompagnent les expatriés dans 150 villes du monde. Avec la progression internationale de l’épidémie, leurs activités sont arrêtées quasiment partout. Mais les équipes, uniquement constituées de bénévoles, restent connectées par mail et sur les réseaux sociaux.

https://www.fiafe.org/

Expats Parents, une plateforme collaborative pour mieux comprendre sa famille nomade.

https://www.expatsparents.fr/

FemmExpat propose notamment des articles en libre accès sur son site, et des ateliers en ligne payants.

https://www.femmexpat.com/

Plus largement, Happineo a mis en place un groupe de soutien gratuit pour vous aider limiter l’anxiété causée par le confinement et le Coronavirus.

Consultez un psychologue